GABRIELLE ASTER

Entretien avec Jeanine Rivais (Banne, 30 avril 2008)

JR. : Un vrai photographe ne va pas laisser ses photos telles quelles… Comme lui, vous reprenez vos portraits, mais vous, vous n'essayez pas de les rendre réalistes…

GA. : Ah oui, je vois ce que vous voulez dire. Mais ce n'est pas travaillé dans ce sens. En fait, ce n'est pas prémédité. Ce sont les personnages qui viennent à moi et non pas moi qui vais à eux. C'est-à-dire qu'ils apparaissent au fur et à mesure de l'avancée du travail. Ils sont quelque part. Et la seule comparaison que je pourrais trouver avec le photographe -mais c'est vous qui me donnez l'idée à l'instant même-, c'est qu'il développe ses personnages et les voit apparaître à mesure que le bain agit.

JR. : Si je comprends bien, quand vous choisissez un format de départ, vous ignorez si ce sera un seul personnage ou un couple ? Qu'est-ce qui détermine le résultat ?

GA. : C'est la matière ; c'est le geste, la couleur… C'est très aléatoire. " Ca vient "… " Ca " étant je ne sais pas trop quoi. De toute évidence cela raconte quelque chose. Qui veut venir, en fait. Et moi, je suis le médium. Ma main est là pour le faire venir.

JR. : Ce qui m'a fait penser à l'idée du photographe, c'est que vos personnages posent, ils sont toujours à l'avant-plan du tableau. Et surtout, ils ne se regardent jamais, ils regardent le personnage en off devant eux. En fait, ils " me " regardent. Mais ils ne " se " regardent pas. Même lorsqu'ils sont enlacés, ils ne communiquent pas entre eux. Est-ce une absence définitive de communication ? Ou bien sont-ils en représentation, comme dans l'idée de la photo ?

GA. : Je vais réfléchir à votre question ! Vous pointez quelque chose que je découvre en même temps que vous. Ils sont comme au théâtre, peut-être ? J'ai été comédienne, c'était ma vocation, ceci explique peut-être cela ? …/...