EDITORIAL par Jacques Mounier



Vieux pots et bonnes recettes


Partant de ce vieil adage, comme quoi c’est dans les premiers que l’on fait les seconds, on est amenés à se poser quelques questions culinaires à propos des grands-mères remises au goût du jour.

Faut-il être vieux pour être bon. C’est l’interrogation que se posent tous les sociologues, oenologues, gérontologues, et podologues à cor défendant, car si la vieillesse a du bon, elle coûte chère, mais peut rapporter gros.

La reine Babeth a fêté ses 80 années d’abonnement au Cherry et aux chapeaux fleuris. Quoi de plus capital qu’une octo à genèse immémoriale dans l’histoire d’un pays qui se saigne aux quatre veines pour entretenir une Queen accompagnée d’un homme appelé à ne pas régner si ce n’est pas pour les vendeurs d’étiquettes millésimées.

Tout le monde s’accorde à louer les vertus des papys boomers, qui maintenant avec votre argent inégalement investi, vont se dorer la pilule et dieu sait s’ils en ont besoin de toutes sortes, pour enrichir les tours-opérators qui leur organisent des croisières Meetics pour fêter leurs 40 ans de mariage plus ou moins forcé ou proposer l’âme sœur à ceux qui en sont réchappés. Ils savent bien à quelle bourse se vouer. De vide vous la renflouerez sans douleur à coups de cotisations obligatoires via le gras de la Sécu.

Si l’âge ne les avait pas rattrapés combien resterait-il d’auteurs (variables) pouvant écrire leurs mémoires que seul le cercle familial pourrait officialiser. Mais les éditeurs ont tout à gagner en évitant soigneusement l’Alzheimer à leur poulain sur le retour du Goncourt.

Un fameux quarteron de ministrables à la retraite pourfend les idées reçues qu’ils ont mises en place, pour faire mieux que ce qu’ils ont fait il y a 20 ans. C’est bien pour arrondir une retraite qu’ils ne peuvent qualifier de vieux puisque, eux, ils incarnent l’avenir au passé glorieux.

Vieux pots, vieux frère, vieux pote, vieux bordeaux qualifiez-les de jeunes ils perdront tout leur charme et leur saveur, disons presque leur identité. Qu’ils soient beaux, rockers, cabots, ou fantaisistes ils ne supportent pas la jeunesse, affront suprême à leur statut de vénérable référence à la bêtise humaine. Si nous n’étions pas là pour les supporter à coups d’appels surtaxés, c’est au foyer de la Roue Tourne qu’ils devraient se réfugier.

Pourquoi faudrait-il attendre que les peintres soient vieux pour découvrir que leur art existe depuis leur jeunesse. Mais après leur mort certains vont voir les cadres de leurs cimaises s’enrichir de billets doucement espérés. De l’amour à la haine il n’y a qu’un bas qui les sépare et bien souvent fait de laine.

Jacques MOUNIER