Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret*

A propos des "Passants sous la pluie"

"Dans les peintures acryliques Patricia Ritschard la pluie elle-même devient une lumière étrange. Elle consume le vernis de la ville jusqu’à la transparence.  Reflets du reflet, le réel n’offre plus de résistance à la métamorphose. Le cœur de la cité bat d’un étrange rythme. Les averses elles-mêmes jouent les sirènes et appellent les passants à s’unir. En couples ils forment le plus beau des navires sur le fleuve des rues. Ils partent à la dérive amoureuse. L’artiste en souligne l’émotion par quelques pans de couleurs vives qui semblent se découper sur le temps lui-même.

Chaque toile joue sur un  double registre : à la fois l'abandon programmé, l’éclatement retenu. La peinture fomente une combustion intime, intense par les impressions créées. L’art reste à la jointure de la perte d'un contrôle et d’une rétention. Et la technique picturale condense, comprime, densifie par touches et taches. La toile soulève le voile des âmes en esquissant des corps. L'espace urbain devient balancement et berceuse. Malgré le froid on peut y chanter sous la pluie. Mais sans extravagances chorégraphiques : par gestes retenus...."

*Jean-Paul Gavard-Perret
Maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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 … « Il faudrait parler des tableaux de Patricia qui, après une série très colorée sur le Maghreb (avec elle et ses couleurs on pense aux reflets des écheveaux de laine dans les cuivres de souks de Marrakech) produit une série de ‘Nocturnes’ sidérants tant ils évoquent ceux des grands réalisateurs américains… Ici les reflets rouges ou jaunes des drugstores tombent comme des flaques sur les trottoirs mouillés, les feux rouges des voitures dessinent sur l’asphalte des messages inquiétants, des hommes passent, silhouettes sombres, élancées, sans visage… on est dans la mythologie d’un New York qui fascine.. Rues dévoreuses d’une vie nocturne et dans lesquelles on voudrait aller errer à la recherche de ce danger qui a pour nom liberté. »

Jacques DUCRET, écrivain

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Poème inspiré de l'exposition : « Les cités d'ombre et de lumière »

Pays puissant où bat le décor magnétique
D'une nature urbaine, illuminée en cieux

Suspendus, la vision des grands reflets brumeux

Stupéfait le présent dans un temps fantastique.

 La terre de Babel s'élève en l'onirique
Architecture d'or brûlant de mille feux

Qui la fait resplendir de contours merveilleux

Ainsi que des miroirs nus au désir orphique.

 Les ombres de lumière accrochent les couleurs
Pour les étoiler dans d'émouvantes douleurs

Secrètes, les cœurs seuls ou déserts diamantent,

 Vrai kaléidoscope, en un ciel mûr de nuit
Ou mûr d'un jour nouveau dont les traits vifs enchantent

Le vers et l'envers du décor ombreux qui luit 

 Arthur AuréliAn, poète