« Ravanne est un artiste de la transmutation. A la façon d’un alchimiste, il désire le plomb pour réinventer l’or. Sa route est jalonné de rencontres avec des objets déchus, métaux rouillés, bois utilisés puis abandonnés par les hommes, matière domestiquée, abîmée par son usage profane. Hanté par le temps et la mort des choses, troublé par l’énigme du spirituel, l’artiste ravit la matière à sa fonction muette pour lui offrir la grâce d’un silence éloquent : un destin artistique. Dans ses pièces, on trouve parfois, en palimpseste, des écritures journalistiques. Le temps compté et raconté, le temps de l’Histoire, rempli de fureur, enfin débarrassé de son bruit séculaire, le temps retrouvant sa nature sacrée, entre instant et éternité.

Les Grecs anciens avaient nommé ce temps-là le Kairos. C’est le temps du hasard apparent, le temps de l’inattendu, du miracle et de l’art.

Quand il travaille, Ravanne laisse volontairement une part lui échapper. Ainsi, il lui arrive d’offrir ses matériaux aux éléments pour qu’ils s’imprègnent du mystère : ce sera la trace d’un oiseau sur le béton frais, le dessin de la rouille créée par la pluie, le bois séché par les vents torrides du désert espagnol … Quand il  laisse cette main invisible toucher ses pièces, la matière se met à vibrer d’elle-même. Ravanne l’écoute, leur dialogue s’affine et  à chaque fois, à l’intérieur de ce rituel, l’artiste commence à renaître ».

Jorge Celaria