Préface de l'artiste

Je suis une fille de l'Ouest, une dionysienne née dans les hauts du Havre, patrie de Jean Dubuffet et de Raoul Dufy.

J'appartiens à cette Normandie pleine d'histoire, à ses plages immenses et ses vagues violentes. Il n'est pas si loin le temps de l'exode que ma conté ma grand-mère, cette route qui mène à Avranches empruntée pour fuir les bombardements de 1940. La petite fille qu'elle portait en elle et qui ne vécut que quelques mois s'appelait Claudine. Je porte le nom du souvenir mais aussi celui de l'avenir.

J'aime lire et relire l'oeuvre d'Annie Ernaux « La place », « L'autre fille », elles dépeignent à merveille l'atmosphère normande du pays de Caux où ont vécu mes grands-parents.

Autant que je m'en souvienne, la mer à mes côtés m'est toujours apparue comme une raison d'être, une évidence, plus encore : une nécessité. Pourtant, j'ai renoncé à elle, je m'en suis éloignée pour vivre à Paris. Je sais malgré tout que la retrouverai un jour.

J'ai peint des marines pour combler ce vide, des bateaux à n'en plus finir, le bleu de l'Armorique, le calme de la Rance et les paysages de mon enfance aidant à mon inspiration.

L'envie de peindre les femmes et les hommes de ma vie m'est venue plus tard, un certain été 2003,  mais depuis je ne les ai plus quittés ; visages féminins d'Henriette, mon aïeule, Gémaux, ma mère, devenue reine le temps d'une toile, Sonia, Zora, mes soeurs, parfois princesses ou demoiselles d'honneur. Puis Vincent, Hubert et Sarah, sont venus compléter cette fresque familiale, ainsi que l'invicible Drew.

Je suis peintre. Les mots ne me sont pas nécessaires, l'image me suffit. Ma vie d'artiste est comparable à « La première gorgée de bière » de Philippe Delerm, intense, savourée.

Lorsque je m'éveille le matin, je sais que mes pinceaux et ma palette m'attendent dans mon atelier près de ma chambre. C'est un atelier en pan de bois du 17e siècle qui donne sur la vue de vieux hôtels particuliers. J'aime l'idée qu'il a beaucoup vécu et j'ai laissé sur les murs les tapisseries  successives des anciens habitants. J'essaye d'imaginer leur vie. Furent-ils heureux comme je le suis aujourd'hui ?

Chaque matin, c'est un premier regard sur mon travail de la veille qui m'anime instantanément. La nuit passée m'a souvent éclairée. Je retrouve dans mon tracé à l'encre de Chine celui de ma grande jeunesse et j'utilise l'acrylique parce que j'aime travailler vite. L'idée d'attendre le séchage me fait perdre le fil de mes pensées. Et puis … à dire vrai, je suis une grande impatiente. J'ai l'amour de la matière et des textures, tissus, papiers, métaux, bois …

Les couleurs vives, mes personnages sont le témoignage de mes premières lectures poétiques et de mes premiers romans, « Nadja », « Belle du Seigneur» …C'est peut-être cette présence importante du roman et de la poésie qui me distingue des autres artistes. J'ai besoin de textes, de lecture. J'aime glisser dans mes toiles les scènes de film que qui m'ont marquée, les endroits magiques, insolites où j'aime aller, « Les deux Magots » à Paris, l'Opéra Garnier, la rue Saint-Patrice à Rouen ... Mes toiles sont des courts métrages, des scènes de théâtres, souvent gaies, jamais tristes où Paris, ville lumière, a le premier rôle. Je peins en musique, bien souvent sur fond d'opéra ou sur des airs jazzy de Miles Davis.

On ne dit jamais assez que l'art est le pharmacien de l'âme. Si j'ai eu parfois des hésitations dans mon cheminement personnel, elles n'ont jamais persisté longtemps. L'art, la peinture ont donné des réponses à mes questionnements. J'ai pu enfin avancé et réalisé mon rêve d'enfant : être peintre. Lorsque je me regarde dans la glace, j'y vois le bonheur accompli de celle qui a trouvé un sens à sa vie. Le mot sens n'est pas un vain mot. Il est possible d'être un artiste heureux. Pourquoi les historiens, les cinéastes se focalisent-ils si souvent sur les destins tragiques ? Faut-il connaître le malheur pour être davantage reconnu. Au cinéma, les films drôles sont moins primés, il y a plus de noblesse dans les films dramatiques. Il en est de même dans la peinture : « Il faut peindre avec ses tripes !». Quelle expression étrange et sans beauté.

L'art naïf, l'art singulier, l'art brut, doivent  être davantage défendus et reconnus. Ils ne sont pas assez mis en devant de la scène. Pourtant, quelle richesse dans les couleurs, quelles variétés dans les styles, quelle profondeur, quelle vie ! Le mérite d'un tableau est d'être une fête pour l'oeil. L'art figuratif revient enfin, il nous est permis de nous identifier.

C'est l'être humain qui importe, ses sentiments. Je me sens très liée à Camille Claudel, ou à Frida Kahlo, car ce sont des amoureuses. Elles ont donné de l'amour sans un réel retour. En créant n'ont-elles pas cherché la conquête de l'être aimé, en vain ? L'amour, n'est-il pas comme le définit Milan Kundera dans « L'insoutenable légèreté de l'être », le désir de s'abandonner au bon vouloir et à la merci de l'autre » ?

Peindre c'est aussi savoir s'abandonner, dire oui pour pouvoir se libérer.  Peindre c'est consentir.

Je dis oui à toutes les fêtes, surtout celle du 22 février, les cadeaux d'anniversaire sont les bienvenus, une filmographie de Patrick Dewaere, me ferait infiniment plaisir ainsi qu'une aquarelle de Marie Laurencin...(Je plaisante).