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CECI EST LE VRAI FAUX "Le Christ à Emmaus", faux de Vermeer peint par Hans van Meegeren 1934
En effet, si Vermeer fut l'un des plus grands de sa génération (autour du XVIIe siècle) il fut également le plus injustement méconnu. Que l'on ne se méprenne pas, ses contemporains le considérait bien comme l'un des meilleurs peintres du moment, bien que cela ne l'empêcha pas de mourir à 43 ans, appauvri, forçant sa femme à brader ses tableaux pour rembourser les dettes et subvenir aux besoins de la - très - nombreuse famille, mais ce qui étonne c'est l'indifférence dans laquelle son œuvre est par la suite tombée. En effet, après son décès et l'éparpillement de ses tableaux, le peintre de Delft perd de son prestige et l'on oublie l'importance et la beauté de son coup de pinceau...
C'est seulement à la fin du XIXe et au début du XXe siècle que les spécialistes reprennent goût à sa peinture romantique et ce alors que le monde de l'art est traversé de courants contraires et modernes, notamment avec l'arrivée de Picasso et du cubisme. Les amateurs d'art redécouvrent les paysages splendides que peignait Vermeer, ses couleurs (son bleu très particulier à base de Lapis Lazuli) et la beauté et tranquillité qui émanent de ses sujets...

Vermeer, incompris de son père qui le force à faire des études qu'il n'aime pas, épouse la fille d'une riche famille de Delft, se convertit au catholicisme, lui qui est un fervent protestant, religion majoritaire dans la Hollande de l'époque, et engendre une famille très nombreuse. Connaissant de nombreux problèmes d'argent, il réalise des commandes et vend ses tableaux aux plus riches armateurs de la ville. Privilégiant les portraits, de jeune fille principalement, il peint ses sujets dans leur tâche quotidienne (en train de lire une lettre, de brasser de la crème ou simplement assise sur une chaise) éclairés par une source de lumière, provenant en général de la gauche du tableau. Remarquables de réalisme, de douceur et de poésie ces portraits figurent parmi les plus beaux réalisés, d'autant qu'il met au point de nouvelles techniques pour peindre et soigne consciencieusement ses couleurs.
Hans van Meegeren :
Né en 1889 aux Pays-Bas, c'est un peintre lui aussi. Mais à la différence de Vermeer, c'est un peintre "raté" dès son vivant. En effet, alors qu'il admire les maîtres du romantisme du siècle précédent, l'époque en est au cubisme. Raillé par ses pairs, et notamment les critiques d'arts, considéré comme un véritable réfractaire au modernisme, il considère en effet les arts de l'époque comme des arts débiles, il n'arrive pas à conquérir le cénacle fermé des peintres reconnus.
C'est alors que Van Meegeren décide de se venger en devenant le plus grand faussaire du XXe siècle. Exilé dans le sud de la France, près de Nice, il réfléchit à la façon de duper ses détracteurs en leur présentant un "tableau" du plus grand maître Hollandais : Vermeer. Une pièce unique, inconnue jusqu'alors, qu'il aurait retrouvé par hasard.
Il est aidé dans cette entreprise par le flou qui règne autour de l'œuvre de Vermeer. En effet, bien malin celui qui pourra dire combien le maître a peint de toiles, l'endroit où elles se trouvent et surtout quelles périodes Vermeer a privilégié, car si l'on connaît tous très bien ses portraits, le peintre a connu une phase de peinture religieuse, peignant de nombreux sujets des Écritures saintes...
Profitant de ces nombreuses interrogations, Van Meegeren décide de peindre une toile qui sera longtemps considérée comme la plus grande oeuvre de Vermeer : le Christ à Emmaüs, épisode de la Bible pendant lequel le Christ, tout juste ressuscité, rencontre deux disciples qui, désespérés, fuient Jérusalem. Sans le reconnaître les deux hommes lui offrent le gîte et le couvert.
Si Van Meegeren choisit cet épisode, très peu connu car cité uniquement dans l'Évangile selon Saint Luc, c'est parce qu'il sait qu'il a été peu représenté, sauf par Le Caravage qui en a fait un dîner plongé dans un clair-obscur magnifique où l'ombre du Christ semble entourer les disciples alors que ceux-ci l'écoutent parler.

Son idée : faire reconnaître cette œuvre comme un authentique Vermeer par les plus grands spécialistes du maître. Il ne cherche pas à être reconnu pour son travail mais bien à tourner en ridicule ces hommes qui l'ont ignoré et moqué.
Dans sa villa il enquête, travaille pendant près de quatre ans, construit un four pour accélérer le séchage d'une toile qui est supposée dater du XVIIe siècle, peint sur une toile authentique pour conserver les fissures créées par le temps, tente de recréer les couleurs sans y ajouter des produits inconnus à l'époque de Vermeer, etc.
Enfin, il présente le souper à Emmaüs par l'intermédiaire d'un antiquaire. L'œuvre est unanimement reconnue, les experts se félicitent, un Vermeer de plus et magnifique qui plus est. Finalement, elle est achetée à un prix faramineux. Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, Van Meegeren s'attelle alors à la Cène, représentation du dernier souper du Christ entouré de ses apôtres, puis décide de peindre la simple figure du Christ. A chaque fois ses œuvres passent avec succès les contrôles, certains n'étant même pas effectués les spécialistes étant si sûrs de leur expertise, et sont certifiées Vermeer puis achetées par des musées, l'État Hollandais ou de grandes fortunes...

Malheureusement, plongé dans le XVIIe siècle, Van Meegeren en oublie les évènements de son siècle. En effet, la seconde guerre mondiale et le régime nazi qui se met en place compte des amateurs d'arts et notamment un : le Reichsmarschall des Großdeutschen Reiches Hermann Göring. Proche d'Hitler, celui-ci pille et rassemble d'impressionnantes collections de tableaux, statues, etc. et parmi celles-ci, un magnifique Vermeer, en fait un faux de Van Meegeren.
C'est ainsi qu'après guerre celui-ci se trouve accusé de collaboration avec l'ennemi nazi. Rapidement innocenté, il est pour cela contraint de dévoiler au monde artistique que les "récents" tableaux de Vermeer sont des faux, peints par ses soins. Hué, il propose alors de peindre, sous surveillance, une toile, prouvant ainsi ses capacités de faussaire. Mais, s'il devient un héros aux yeux de la majeure partie de la population, il se voit obligé de rembourser tous ceux qu'il a floué.
C'est ruiné et amoindri par l'opium, il décède en 1947 à l'hôpital d'Amsterdam.