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"Si c'était le radeau de la Méduse, qui larguerait les amarres?"
L'ARBRE DU JARDIN D'EDEN

Pierre Debien poursuit ses thèmes de prédilection que sont celui de la femme, de ses rapports avec l'homme et celui de la relation de l'homme avec la nature.

L’installation « Si c’était le radeau de la Méduse, qui larguerait les amarres?» est une occasion pour Pierre Debien de placer le radeau au centre de l’installation comme symbole de la dérive de nos sociétés occidentales qui ont largué un des fondements de notre culture judéo-chrétienne, l’image du père et la fonction du mâle. Orphelines de pères, capables de se reproduire sans l’intervention du mâle, elles vont s’échouer sur l’île, symbole de la mère, qui s’offre à bras ouverts, remplace de plus en plus le père, contrôlant et assumant seule la reproduction, la survie de l’espèce. Le mâle devient à l’image du rhinocéros, une espèce muséale, en voie de disparition, conservée comme exemple de la permanence des espèces de la préhistoire, autrefois puissant par sa corne, symbole phallique mais aveugle et aujourd’hui sans pouvoir.

Par l’installation, l’histoire et la représentation plastique vont se conjuguer pour poser la question de la responsabilité de cette situation qui, d’une manière métaphorique rappelle l’épisode tragique du radeau de la méduse à jamais rendu célèbre par le tableau de Géricault en 1816.

Un rappel succinct des évènements
En 1816, la frégate la Méduse fait naufrage sur la côte occidentale de l’Afrique, 233 passagers privilégiés, dont le commandant Chaumareys, Schmaltz le futur gouverneur du Sénégal et sa famille, embarquent sur six canots et chaloupes, dix-sept marins restent à bord de La Méduse, trois survivront ; mais 152 marins et soldats doivent s'entasser sur un radeau long de 20 mètres et large de 7 mètres avec peu de vivres. Lorsque l'amarre avec les autres canots se brise ou est volontairement larguée, le commandant laisse les passagers du radeau livrés à leur sort. Après 12 jours, le radeau est repéré par le brick, l’Argus quinze rescapés restent à bord : pour leur survie ils ont pratiqué très vraisemblablement le cannibalisme, cinq mourront dans les jours qui suivent.
Un procès s’ouvrit et le commandant de Chaumareys fut condamné à trois ans de prison.