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"Je m'appelle Judith"
installation créée pour le centre d'art contemporain de Rzeszow (Pologne) juin 2005

Pierre Debien a créé cette installation pour le centre d'Art Contemporain de Rzeszow (ville de 200 000 habitants du sud de la Pologne) qui l'avait invité du 9 juin au 5 juillet 2005. L'installation (sur 400m2) devait s'intégrer totalement au lieu chargé d'histoire qu'était l'ancienne synagogue de Rzeszow aujourd'hui désaffectée et consacrée à l'art contemporain.
S'appuyant sur l'histoire de Judith de la Bible, Pierre Debien en donne une lecture contemporaine.

Le récit de Judith a fait l’objet de maintes reprises et interprétations par les peintres, de Botticelli à Rubens en passant par Artémisia Gentileschi, Cranach, Véronèse, les écrivains de Horace Vernet à Michel Leiris en passant par Brecht, sans oublier les musiciens comme Vivaldi…

Le récit biblique tiré du livre de Judith remonterait aux III-Ier siècles avant Jésus-Christ.:
Le Général assyrien Holopherne met le siège devant Béthulie, une ville d’Israël. Béthulie est prête à se rendre. Judith est jeune et veuve depuis 3 ans. Elle se propose d’intervenir avec le salut de Dieu auprès du chef ennemi. La rencontre a bien lieu. Judith séduit Holopherne, puis le décapite d’un coup de cimeterre. Suivie de sa servante, elle revient, la tête d’Holopherne dans sa besace en héroïne du peuple hébreux. Elle devint célèbre dans son pays et vécut seule jusqu’à 105 ans.
Ce n’est pas sans malice que Pierre Debien s’est engouffré dans cette histoire qu’il a voulu un peu sulfureuse. Au fur et à mesure que Judith prenait forme, le personnage de Holopherne prenait place, et la servante à son tour comme double de Judith peu à peu se transformait en Lilith. Pouvait-elle n’être seulement que servante ? Dans un extrait de la Genèse, Lilith est le nom de la femme créée par Dieu, avant Eve, en même temps que Adam, et sortie comme lui directement de la terre. « Nous sommes tous les deux égaux, dit-elle à Adam… » et c’est alors que les conflits commencent…Lilith est ensuite mentionnée dans l’Ancien Testament (Isaïe XXXIV 14), dans le Talmud comme démone, génie malfaisant synonyme de calamité… L’histoire ne tournerait-elle pas peu à peu au complot, à la revanche ? Qui manipule qui ?
Holopherne est victime, anéanti et les femmes plantureuses, aux hanches arrondies, aux seins proéminents, crient de désir…
La vision de Pierre s’impose.

Le visiteur est amené à se déplacer dans l’espace et dans le temps.

-dans l’espace

1-les 3 lieux du récit :
*la cité de Béthulie assiégé et le départ de Judith aidée par les femmes et par Dieu
*le camp ennemi où a lieu le festin ( Judith, le servante et Holopherne représenté en rhinocéros en cage).Il se terminera par la décapitation de Holopherne.
*le retour à Béthulie de Judith et de sa servante la tête d’Holopherne dans la poussette. L’installation représente les 3 moments du récit

2-les 3 autres lieux qui sont des hors champs en guise d’épilogue:
*le cimetière (la mort)
*l’arbre (la vie, les mouchoirs rouges symbolisant le désir de fertilité)
*la création (Mélancolie)

-dans le temps

les lieux sont traversés par les récits de Judith (écrits de Annick Debien)
*il y a plus de 2000 ans
*il y a plus de 60 ans
*il y a plus de 30 ans
*aujourd’hui


Petites notes à l’usage du visiteur
H. dans le récit veut dire Holopherne, L. est Lilith la servante.
Le rhinocéros représente Holopherne, plus largement pour Pierre Debien, l’homme.
Rappelons que le rhinocéros est une permanence des espèces de la préhistoire, qu’il représente une espèce menacée par l’homme (quête de la corne à pouvoirs magique, aphrodisiaque, médical) donc le symbole de la lutte pour la préservation de la nature, par sa puissance et sa faible vue le symbole de la force aveugle, enfin par sa corne un symbole phallique
Mélancolie est la rêveuse et la métaphore des muses, elle enfante le pouvoir de création et se confond avec le portrait de l’artiste.